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Sang de pigeon

.. ou le récit d'une arnaque bien connue... A méditer !

Mis à jour le 15-07-2008  |  Publié le 10-07-2008 - Lu 19 476 fois
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Dans le texte qui suit, les personnages et les évènements, bien que basés sur des expériences et témoignages réels, sont entièrement fictifs. Ce récit, que l'on doit à Korrigan, est écrit sous forme de nouvelle, fort divertissante d'ailleurs. Il illustre bien l'arnaque aux bijoux pratiquée à Bangkok et a pour ambition de vous mettre en garde. Bonne lecture et tous mes remerciements à l'auteur.

Frank Ramier vient d'acheter quelques brochettes, du riz gluant, un soda et de la pastèque coupée en morceau. Il déguste tout ça assis à l'ombre dans le parc du temple de la montagne d'or avant d'en faire l'ascension, lorsque l'homme s'assoit à côté de lui avec un grand sourire. C'est un thaï d'une quarantaine d'année, bien habillé d'un polo vert et d'un pantalon de toile beige, légèrement enveloppé. "Hello my friend ! Where are you come from ?" lui lance l'homme. Après deux semaines passées dans le pays, Frank a pris l'habitude qu'on l'aborde avec des formules similaires, que ce soit un taxi qui lui propose une course, un étudiant qui veuille discuter ou simplement un gamin qui veuille s'amuser. "I'm french." répond-il avec une pointe de fierté instinctive.

L'homme parait très sympathique. Il engage la conversation avec un "Bonjour. Comment allez-vous ?" à l'accent chantant ; il a une sœur qui habite Paris, mariée avec un français. Il va aller la voir l'année prochaine. Il apprécie beaucoup la France, en particulier le vin et Zidane. Ils discutent quelques instants de cuisine (Frank est très fier de pouvoir impressionner quelqu'un avec le peu de connaissances qu'il a en ce domaine), de climat, de ce que Frank a visité en Thaïlande et autres. Quand Frank précise qu'il viendrait plus souvent si le billet d'avion était moins cher, l'homme parait sincèrement désolé pour lui. Il lui indique qu'il existe une méthode pour rembourser le billet d'avion et même se faire un petit bénéfice : aujourd'hui est un jour très particulier en Thaïlande, un jour unique dans l'année où les bijoutiers font des rabais exceptionnels. C'est une décision royale avec baisse de taxe. La Thaïlande étant déjà habituellement un pays où les pierres précieuses sont d'un prix très intéressant, si l'on y ajoute la remise de ce jour exceptionnel, il est totalement fou de pas en profiter. Il suffit donc d'acheter quelques émeraudes, saphirs ou rubis et de les revendre une fois revenu en France pour gagner au moins l'équivalent du billet d'avion. L'homme connaît d'ailleurs un bijoutier très sérieux chez qui Frank pourrait avoir les meilleurs prix. Comme preuve, il lui montre la bague sertie d'une émeraude qu'il porte au doigt.

L'homme parait sincère et sympathique mais Frank est dubitatif. Il n'a vu aucune réclame pour ce jour si particulier (quoi que... toutes les publicités étant dans leur alphabet bizarre, il n'en est pas vraiment sûr). Il lui semble aussi très étrange que personne n'ait connaissance d'un filon aussi intéressant. L'homme le rassure : mais bien sûr que le filon est connu, mais uniquement de ceux qui viennent souvent et qui gardent jalousement le secret. La procédure parait aussi assez compliquée à Frank qui se voit mal, de retour en France, aller présenter sa camelote au premier bijoutier venu. Pas de problème répond l'homme en sortant de sa poche une liste sur laquelle se trouvent plusieurs adresses de bijoutiers en France qui ont l'habitude d'acheter ainsi des pierres à des particuliers. Décidément, il a réponse à tout. Frank est tenté, mais il a quand même un doute. Il vient de terminer le sachet de pastèque et a envie d'aller visiter le temple doré qui surplombe le parc. Il dit à l'homme qu'il va y réfléchir et ils se quittent d'un waï souriant.

Frank visite le temple. Avec cette chaleur d'enfer et la moiteur habituelle du pays, l'ascension est pénible et la descente pas beaucoup plus agréable. Il transpire beaucoup et décide de se faire une pause. Il achète une bouteille d'eau bien fraîche et la déguste à petites gorgées assis à l'ombre. Il ne remarque même pas l'homme qui s'est assis sur le banc d'à côté et qui semble admirer la végétation. C'est un homme d'age respectable, peut-être plus de 50 ans, grand et plutôt sec, bien mis, avec un costume sombre, une chemise blanche et une cravate. "Comment peut-il supporter manches longues et cravate" pense Frank qui transpire abondamment en t-shirt et bermuda. L'homme demanda à Frank s'il est allé voir le temple. Quand Frank répond que oui, il fait une moue admirative en levant le pouce "You very strong !". Frank sent son ego s'enorgueillir d'une fierté légitimée par son effort. L'homme lui parle des autres monuments de Bangkok, de ceux qui ont le plus d'intérêt. Il donne quelques conseils judicieux à Frank pour les visites qu'il compte faire. Il lui signale qu'il travaille pour le Ministère des Finances, ce que sa mise très stricte ne contredit pas. Lui aussi parle à Frank de cette journée exceptionnelle des bijoutiers. Cette fois-ci, Frank commence à y croire sérieusement. Si même un fonctionnaire du Ministère des Finances lui en parle, c'est que ça doit être quelque chose de sérieux. Mais cette halte lui a fait perdre du temps sur son planning chargé de la journée et il est pressé de repartir visiter le Grand Palais. Il prend donc poliment congé de l'homme.

Pour rattraper son retard, Frank décide de se rendre au Grand Palais en tuk-tuk, même si cela écorne un peu son budget limité. Arrivé dans la rue, il tend donc le bras pour arrêter au passage un de ces étranges engins pétaradants. Il négocie la course avant le départ, comme il a pris l'habitude de le faire suite à plusieurs déconvenues ; ça lui donne un peu moins l'impression de se faire arnaquer. Pendant le trajet, le chauffeur aussi lui parle de cette fameuse journée exceptionnelle. Décidément, tout le monde est au courant à Bangkok. Çà doit vraiment être un évènement d'importance. Avant que les magasins ne ferment, il faut absolument qu'il y aille pour au moins se rendre compte par lui-même si c'était vraiment si intéressant que tout le monde le dit. Le chauffeur lui propose de l'emmener dans un magasin qu'il connaît bien et où Frank peut avoir la meilleure qualité au meilleur prix. Il est même prêt à lui faire une réduction sur la course s'il y va tout de suite. Frank hésite. Mais il se dit qu'il est encore tôt dans l'après-midi et qu'il a au moins le temps de visiter le Grand Palais avant.

Quand Frank arrive devant le Grand Palais, il y a foule. Beaucoup de touristes de tous les pays, des japonais en groupe soudés, des étudiants thaïs, un tour-operator allemand qui essaye de rassembler son troupeau en vociférant d'une voix de sémaphore. Frank se fraie un chemin dans toute cette foule bigarrée quand un jeune homme thaï d'aspect sérieux l'aborde et lui déclare qu'aujourd'hui, le Grand Palais est fermé pour les individuels, qu'il est réservé aux groupes. Frank ne comprend pas trop. Avant qu'il ait pu demander plus d'explications, le jeune homme lui demande de quel pays il vient. Frank lui répond et le jeune homme s'éclipse aussitôt dans la multitude. Frank tente d'approcher tout de même de l'entrée lorsqu'il sent une tape amicale dans le dos et une voix forte qui lui dit dans sa propre langue : "Salut gars ! Mon pote Chaï me dit que tu es français, c'est vrai ? Tu es d'où ? Moi je suis de Lyon.". Après deux semaines à parcourir le pays, à essayer de se faire comprendre dans un mauvais anglais, comme c'est bon de pouvoir parler sa propre langue. Alain (c'est son nom), confirme que le Grand Palais est fermé, qu'on ne peut pas entrer en individuel. Lui est venu là juste pour prendre quelques photo et les mettre sur son stand de ventes de vêtements "exotiques" qui lui permet de gagner sa vie en France. Il est d'ailleurs en Thaïlande pour remplir un conteneur de fringue qu'il récupèrera a Marseille. Il est très sympa, paie une bière à Frank, il parle beaucoup, explique des tas de trucs sur la Thaïlande, des adresses intéressantes pour se faire faire des fringues sur mesure. Un gars très intéressant. Frank lui demande s'il a entendu parler de cette fameuse journée des bijoutiers. Alain écarquille les yeux : "Comment as-tu entendu parler de ça ? Normalement, on ne le dit pas aux touristes pour éviter qu'il y ait trop de trafic. C'est un plan que ne connaissent que les habitués." Il avoue que lui paie son voyage de cette manière ce qui lui permet de faire un déplacement professionnel sans frais et en plus de se payer un peu de bon temps. "Et ça fait plus de 10 ans que je fais ça sans jamais le moindre problème". Il montre même à Frank le certificat d'achat et celui de vente de l'année précédente. Frank est admiratif : effectivement, ça fait une belle somme, presque 100% de bénéfice, gagné sans effort, sans risque et sans commettre de délit. Alain entre dans des explications techniques, expliquant que pour cette journée le roi baisse la TVA à condition que les bijoutiers baissent leurs prix du double de cette valeur en rognant sur leur bénéfice mais qu'au final ils s'y retrouvent sur la quantité vendue, grâce à l'affluence de clients attirés par ces prix exceptionnels. Frank est un peu perdu dans toutes ces notions économiques. Il hoche la tête aux explications d'Alain sans vraiment suivre. Mais le bénéfice entre les deux certificats qu'il vient de voir, ça il le comprend. Alain tempère un peu les ardeurs de Frank en expliquant qu'il y a quand même quelques restrictions : pour éviter le trafic à grande échelle qui court-circuiterait le commerce régulier, les étrangers sont limités à $5000 d'achat. Pas d'importance pour Frank, de toute façon, il est loin d'avoir une telle somme sur son compte en banque. Alain explique aussi que pour éviter les tracasseries administratives à la douane au moment de partir et pour éviter de se promener avec une telle richesse sur lui, il envoie les pierres par la poste en recommandé à sa famille en France. C'est beaucoup plus sûr.

Frank est maintenant totalement convaincu et même impatient. C'est lui qui presse Alain de lui indiquer la meilleure adresse qu'il connaisse pour ne pas manquer une telle aubaine avant que les bijouteries ne ferment et que l'occasion de cette journée exceptionnelle ne lui échappe. Alain peut faire encore mieux : comme il n'a rien de particulier à faire, il va l'accompagner jusqu'à la bijouterie où il s'approvisionne pour présenter Frank directement au patron qu'il connaît bien. Il appelle un tuk-tuk, tous deux s'y installent et il donne une adresse au chauffeur (tient ?! c'est le même que tout à l'heure...) avec quelques mots en thaï.
La bijouterie a quelque chose d'enivrant. Dans son appart' de banlieue, avec son salaire d'employé, Frank n'a vraiment pas l'habitude de voir autant d'or, de manipuler les pierres précieuses par plateaux entiers. Ca donne le vertige. On met sous ses yeux des saphirs, des émeraudes, par dizaine. Le bijoutier met devant lui un rubis en laissant échapper un "pigeon blood" admiratif. Alain lui explique que les rubis "sang de pigeon" sont les plus purs au monde et qu'ils valent plus cher que les diamants. Frank ne sait comment choisir. L'œilleton que lui passe le bijoutier et au travers duquel il ne voit pas grand chose, ne l'aide pas vraiment. A la lumière vive qui les illuminent, toutes ces pierres paraissent magnifiques. Il finit par faire confiance au bijoutier et se décide pour quelques saphirs, dont une bague et des boucles d'oreilles, en or jaune orangé (Alain lui a expliqué que c'est parce que l'or vendu ici est plus pur et plus fragile qu'il a cette couleur). Sa carte bleu est délectée de l'argent qu'il économisait pour se payer sa moto. Ca n'est pas grave puisqu'il va bientôt le récupérer avec un large bénéfice. Il commence déjà à passer en revues les cylindrées qu'ils pensaient inaccessibles à son budget. Il se dit même que s'il recommence ça l'année prochaine, il pourrait se payer une Harley. La classe !

En sortant de la boutique, il a des étoiles dans les yeux et la tête qui tourne un peu. Il a du mal à retoucher Terre. Alain le ramène au sol en lui conseillant d'envoyer ça tout de suite par la poste. "Il n'est pas prudent de garder une telle fortune sur soi". Frank s'exécute et pour quelques bahts de plus, les pierres sont envoyées à sa mère en recommandé dans une enveloppe renforcée.
Le soleil a décliné. Il fait un peu moins chaud. Alain quitte Frank avec une chaleureuse poignée de main après avoir échangé leurs adresses et juré de se recontacter une fois en France.

Tout excité de cette journée si particulière, Frank regagne sa guesthouse de Kao San Road en tuk-tuk par les rues tortueuses de Bangkok. Il ne fait pas vraiment attention à l'animation. Il regarde le bout de papier sur lequel Alain lui a écrit les trois adresses de bijouterie en lui conseillant de faire jouer la concurrence pour revendre au meilleur prix. Il s'imagine déjà sur sa moto ; peut-être que s'il revend les saphirs un peu plus que prévu et en prenant un petit crédit, il pourra se la payer dès cette année sa Harley...

Il descend pour aller manger sur la terrasse de la guesthouse. Il y retrouve un autre voyageur avec qui il a sympathisé la veille : Tom, un irlandais. Ils parlent de leur journée dans Bangkok, de ce qu'ils ont vu. Alain est trop excité pour se retenir de parler de sa nouvelle fortune. Tom lui dit qu'il a fait la même chose. Il se moque un peu de Alain d'avoir investi une somme aussi ridicule. Lui a profité de sa carte à payement différé pour engager bien plus. Pas de problème, avant que la somme soit débitée, il aura revendu les pierres et approvisionner son compte avec le bénéfice en plus. Il rigole en lui tapant sur l'épaule. Alain se sent d'un coup piteux d'avoir été si frileux sur ce coup, il a loupé une occasion unique. Çà lui gâche un peu sa joie. Son rak naa avalé, il va se réconforter de pub en pub à la Singha. Il se couchera tard.

Le lendemain matin, l'euphorie de la veille est un peu embrumée par l'excès de bière de la veille. Il fouille dans sa trousse à pharmacie, un paracétamol et ça ira mieux. Une douche rapide et il descend pour déjeuner sur la terrasse, son guidebook sous le bras pour chercher ce qu'il va visiter aujourd'hui. C'est son dernier jour en Thaïlande. Le café termine de le réveiller.
Dans le guidebook, il lit un chapitre qui l'inquiète un peu. On y parle d'arnaque aux pierres précieuses. Çà fait un peu penser à ce qui lui est arrivé. Frank a un doute. D'un seul coup son cœur se serre. Est-ce qu'il ne s'est pas trop vite enthousiasmé ? Hier, ça paraissait si beau, si tentant, si fou, si enivrant, si facile. Avec le recul, à froid, ça ne parait plus aussi évident. Après tout, il n'y connaît rien en pierres précieuses. Il ne saurait pas différencier un diamant d'un morceau de cristal. Il se rassure un peu en se disant que, quand même, il y a eu tellement de personnes qui lui ont parlé de cette fameuse journée, des personnes qui ne se connaissaient pas, dans des lieux différents. Impossible qu'elles soient toutes de mèche. Il y a même eu Alain. C'est un français quand même ! Il ne peut pas faire partie d'une arnaque montée en Thaïlande. Il a montré les certificats.

Le doute est insidieux. Frank n'arrive pas à s'en détacher. Il se dit qu'il serait peut-être bon quand même d'aller faire un tour à la Tourist Police pour au moins se renseigner. Sur le chemin qui le conduit au poste de police, il est à nouveau abordé par un homme "Hello my friend ! Where are you come from ?". Un peu excédé, Frank lui répond "Greece". "Ho ! Very good ! Greece very beautiful !". Frank ne s'arrête pas mais l'homme engage la conversation en marchant à ses côtés malgré son pas rapide. Il parle un peu de Bangkok et de ses temples. Lorsqu'il amène dans la conversation qu'aujourd'hui est une journée exceptionnelle pour les bijoutiers, Frank sent un frisson lui remonter le long de la colonne vertébrale. Il s'arrête pour demander si ce n'était pas hier cette fameuse journée. "No no ! It's one week. Today is last day." Là ça devient trop gros. Les doutes de Frank s'envolent. Il accélère le pas. Il ne répond plus à l'homme qui finit par décrocher sans perdre son sourire.

Au poste de la Tourist Police, on l'écoute. On lui confirme que certaines bijouteries, pour attirer des clients, utilisent des rabatteurs payés à la commission. Certains sont étrangers, ça marche mieux avec leurs compatriotes. D'un coup, Frank trouve Alain beaucoup moins sympathique. Pour déposer une plainte, il faudrait les bijoux. Où sont-ils ? Sans les bijoux, on ne peut pas savoir s'il s'agit d'une escroquerie. Et porter plainte contre qui ? Quelle est l'adresse de la bijouterie ? Frank n'en sait rien. C'est Alain qui a donné l'adresse au tuk-tuk. Çà se trouve dans une rue assez large, sans doute vers le sud-est du Grand Palais, à environ 10 min... Frank se rend compte qu'il est impossible de la retrouver avec si peu d'informations. Le policier ne fait que répéter en anglais approximatif "mais pourquoi vous avez posté les bijoux ?". Bin... sur le coup, ça semblait une bonne idée...

Frank quitte le poste de police avec un mélange de colère et d'effondrement. Il regagne le Grand Palais dans l'espoir improbable d'y revoir Alain. Mais l'homme n'est pas si bête. Quand un gars l'aborde pour le prévenir qu'aujourd'hui le Grand Palais est fermé, Frank se retient pour ne pas envoyer son poing. Il est déjà suffisamment dans les emmerdes comme ça, pas la peine d'en rajouter. Se retrouver en prison pour un coup de colère et louper son avion demain, ça serait le pompon !

Son dernier espoir est l'ambassade de France. Là encore, même discourt d'impuissance. Cela n'est pas à eux d'assurer l'ordre en Thaïlande. En dehors des murs de l'ambassade, ils n'ont aucun pouvoir légal. Ils prennent quand même note de la plainte puisque l'un des escrocs se dit français. Ils prennent son nom et les coordonnées qu'il a laissées à Frank (sans doute faux), sa description. Si un jour il se fait coincer, ça pourra alourdir les charges contre lui. D'après sa description, il est déjà connu de leurs services. Il y en aurait même un ou deux autres.

Frank est effondré. Il rentre à la guesthouse. Il n'a plus vraiment le cœur à visiter Bangkok aujourd'hui. Ca aurait du être la journée shoping, celle où il allait acheter les cadeaux à ramener aux amis et à la famille. Il n'a plus vraiment la tête à ça.

L'après-midi touche à sa fin. Il fait son sac et va manger sa dernière soupe de nouilles. Il enfile son sac et monte dans le taxi vers l'aéroport. Dans l'avion il essaye de dormir. Il essaye aussi d'entretenir le maigre espoir que peut-être il pourra revendre ses bijoux pour au moins récupérer une partie de son argent. Qui sait...

Quelques jours après, il va chercher chez sa mère son précieux paquet. Quand il revoit la bague et les boucles d'oreille, elles lui paraissent moins belles que dans son souvenir. Il hésite même à aller les présenter dans une bijouterie. Il va se ridiculiser. Il regarde les trois adresses sur le morceau de papier... Il faut quand même qu'il sache.
Le premier de la liste le reçoit très mal. Il pique une colère, dit qu'il ne fait pas la charité à des mendiants, qu'il en a mare qu'on lui envoie tous les va-nu-pieds de Thaïlande, qu'il n'a jamais traité de marchandise ainsi et ne le fera jamais. Il chasse Frank du magasin. Douche Froide.

Frank prend son courage à deux mains et décide de tout de même vérifier à la deuxième adresse. La vendeuse qui le reçoit est un peu moins agressive que le précédent. Elle le prend un peu en pitié mais elle ne lui laisse pas plus de doute. Son magasin aussi reçoit plusieurs fois par an des personnes comme Frank qui croient pouvoir gagner de l'argent facilement. Mais son magasin non plus ne traite pas d'affaire ainsi. Dans le commerce des bijoux, il y a des règles à respecter. Et même si c'était le cas, les marchandises que Frank lui présente ne sont pas d'une qualité qui lui permettrait d'obtenir le prix qu'il demande. Elle lui tend un oeilleton pour lui expliquer les imperfections de chacune : voile, brisure, défaut. Ils ne valent même pas le prix que Frank les a payé. Quant à l'or, il est effectivement authentique et plus pur que celui des bijoux que l'on trouve en France, mais il ne convient pas à ce qui se vend ici. Sa couleur est trop foncée, il est trop souple. Pour espérer le vendre, il faudrait le refondre.

Maintenant Frank n'a plus d'illusions. Adieu veau, vache, cochon... ou plutôt adieu, moto, Harley...
Rentré chez lui, il regarde encore ses bijoux. Après tout, ils ne sont pas si vilains... quand on ne s'y connaît pas. Sa mère appréciera sûrement une paire de saphirs en boucle d'oreille pour son anniversaire. Et puis il pourra faire quelques cadeaux somptueux à sa copine... quand il l'aura rencontrée.

Par la fenêtre, Frank regarde la nuit manger le jour. Tout à coup, il se met à rire tout seul. Il pense à Tom l'irlandais et à sa "carte de payement différé". Comment va-t-il-s'en sortir ? Frank rit, mais c'est un rire triste.

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Auteur : Khorrigan KHORRIGAN  -  voir profil

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